Extrait les ombres du Cao Daï

LES OMBRES DU CAO DAÏ

Des coups répétés frappés à la porte le réveillèrent. Il se leva, l’esprit embrumé, et se dirigea vers l’entrée après un coup d’œil rapide vers le miroir du couloir. Il préféra oublier la vision de son reflet, et se contenta de passer les doigts dans ses cheveux drus. Il approchait de la quarantaine, mais conservait une chevelure de jeune homme.
Un homme et une femme se tenaient devant lui. Le soleil encore bas dans le ciel l’obligea à mettre la main en visière devant ses yeux pour mieux les distinguer.
Ils portaient tous deux le même uniforme, un blouson de toile bleu marine sur une chemise blanche, et un pantalon gris au pli accentué. Il reconnut tout de suite leur appartenance.
– Kent Bedford ? fit la femme, à l’accent assurément étranger.
– Oui, répliqua l’interpellé d’une voix encore ensommeillée. C’est pour quoi ?
– Pouvons-nous entrer ?
Kent n’avait pas de raison de refuser, et il était curieux de savoir ce qui allait se passer.
Il s’effaça, laissant les deux visiteurs pénétrer dans l’appartement.
La femme, une brune athlétique aux gestes vifs, jeta un regard circulaire sur la pièce. Kent réalisa que ses affaires étaient étalées un peu partout, mais il était trop tard pour y remédier. Seul son bureau était à peu près présentable, mais on y accédait par une autre entrée, que les visiteurs avaient ignorée.
« Peu importe ce qu’ils pensent, songea-t-il. Ils sont venus sans rendez-vous, après tout ».
L’homme se tenait toujours à quelques pas d’elle, silencieux.
– Vous voulez vous asseoir ? proposa-t-il tout en espérant un refus.
La femme regarda le canapé et la couverture froissée aux bords en lambeaux, l’air incrédule.
– Non, merci. Nous ne restons pas. Je suis l’agent Telado, et voici l’agent Chandar.
Elle tendit une carte numérique, qui confirma ce que Kent supposait : il avait affaire à deux représentants de l’AIS, l’Agence d’Information Stellaire.
– Pouvez-vous certifier votre identité ? poursuivit-elle d’un ton neutre.
Il alla fouiller dans une poche de sa veste en cuir jaune usée par le temps, et en sortit sa carte professionnelle. “Détective privé” y figurait en lettres lumineuses dorées, accompagné d’une photo où l’on remarquait d’épais cheveux noirs encadrant un visage aux traits anguleux.
– Parfait. Je vais vous demander de nous suivre. Votre présence est requise.
– Je peux vous demander à quel sujet ? fit-il calmement, sans espérer vraiment d’éclaircissement.
– Tout vous sera expliqué sur place. Nous n’avons pas les détails nous-mêmes.
Kent s’attendait à cette réponse. Il connaissait le fonctionnement et les méthodes de l’Agence.
– Je vous suis. Laissez-moi seulement le temps de me préparer.
– Nous vous attendons dehors, répondit l’agent Telado tout en le dévisageant. Mais faites vite.

Dix minutes plus tard, ils sortaient tous les trois de l’immeuble vétuste. En ce début septembre, l’air tendait à se rafraîchir, et le vent avait forci. La mer était un peu agitée depuis plusieurs jours, et la promenade commençait à se vider de ses estivants et badauds désœuvrés.
Kent essaya de repérer le véhicule des agents, mais il ne vit rien qui aurait pu convenir.
– Par ici, fit la femme.
Ils se dirigèrent vers une jetée où plusieurs embarcations à moteur étaient amarrées, tanguant sous le vent du large. Kent devint perplexe. Qu’allaient-ils faire en mer ?
Un des bateaux détonnait dans l’alignement, avec sa coque reluisante et ses plats-bords en bois vernis. Il devina qu’ils allaient emprunter celui-ci, d’autant plus qu’un pilote y était déjà installé, attendant ses passagers.

Format livre de poche ou e-book – 292 pages